
De
nombreux chercheurs, archéologues et historiens se sont
penchés sur l'origine de la poterie berbère. On l'a
rapprochée de la poterie phénicienne, grecque, chypriote,
étrusque et même égyptienne, mais les traces les plus
anciennes de cette poterie remontent à des époques bien
antérieures à la naissance des civilisations
méditerranéennes. En effet, il existe des similitudes
frappantes entre les objets de poterie réalisés aujourd'hui
par les artisans berbères et ceux retrouvés dans les
sépultures des premiers berbères de la fin du néolithique.
Pour expliquer les ressemblances qui existent entre la
poterie berbère et celle de nombreuses autres cultures
antiques, les archéologues n'excluent pas l'existence d'une
culture préhistorique commune à tous les peuples anciens de
la méditerranée.
La poterie berbère a
été fabriquée dans toutes des régions peuplées du Maghreb et
elle était destinée principalement à la consommation locale.
Elle n’a pas donné lieu à des échanges avec des régions
éloignées.
La décoration de la poterie berbère avec des motifs
triangulaires apparaît dès la période romaine. De plus,
durant la même période, les centres de production de
poteries étaient principalement situés dans les zones
occupées par les Romains, car ces derniers ont, non
seulement encouragé sa fabrication (pour des motifs
économiques), mais il se trouve que la plupart des régions
berbères occupées par les Romains étaient des régions dont
les autochtones, sédentaires et agriculteurs,étaient des
gens qui utilisaient la poterie pour la cuisson, le
transport et la conservation de leurs aliments (graines,
huile, etc.). C'est donc à ces fonctions économiques et
sociales que la poterie berbère a pu se maintenir à cette
époque où, l'Afrique du Nord était le "grenier de Rome", et
les Romains l'avaient bien perçu.
Ce fut dans les régions les plus exposées aux influences
étrangères successives ( Phénicienne, Romaine et Arabe) que
la poterie a subi le plus d'influences. Les amphores, par
exemple, servant à transporter de l'eau dans certaines
régions comme la Kabylie ou la Tunisie, proviennent des
Phéniciens et conservent toujours leur forme pointue.
D'autre part, la décoration en relief de certaines poteries
de Tunisie témoignent d'une influence romaine. Il est
remarquable de constater que ces amphores qui servent à
transporter de l'eau (taqellalt ou tacmuxt)
existent toujours en Kabylie et conservent totalement leur
usage.
Les Berbères connaissaient probablement, bien avant
l'arrivée des Musulmans, le tour du potier, qui permettait
de fabriquer rapidement la poterie. Cependant, ils ont
rarement produit de la poterie en très grand nombre à des
fins commerciales. La poterie berbère continue de vivre et
de survivre dans beaucoup d'endroits, et les techniques
actuelles avec lesquelles les artisans la fabriquent ne sont
guère différentes de celles de leurs ancêtres, voici des
milliers d'années.
Dans un environnement dur, les Berbères ont développé un
mode de vie adapté dans lequel ils ont su garder leur
autonomie. Afin de subvenir à la plupart de leurs besoins,
ils fabriquent eux même leurs ustensiles, et ne vont au
marché que pour acheter des produits qu'ils ne peuvent
fabriquer dans leurs villages ou leurs régions. C'est ainsi
que la poterie berbère était fabriquée afin d'être utilisée
dans la vie quotidienne. Pour ce faire, il était
indispensable à la femme berbère d'apprendre à modeler et à
fabriquer elle-même tous les objets de poterie utilisés
couramment dans la famille. D'ailleurs, jusqu'à une époque
récente, la production de poteries était généralisée chez
les Berbères sédentaires de toute l'Afrique du Nord. Ce
n'est qu'au milieu du XXe siècle qu'elle a commencé à
régresser en Tunisie, au Maroc et dans de nombreuses régions
d'Algérie.
Malgré l'invasion des ustensiles modernes, plus pratiques
et moins chers, les objets en poterie n'ont pas, pour
autant, complêtement disparus. Ceci est notamment vrai pour
la Kabylie, le nord Constantinois (Jijel, Mila), les Aurès
(M'chounèche) et Tipaza. En Kabylie, on assiste, depuis un
certain temps, à une reprise de l'activité de fabrication de
la poterie et ce malgré les difficultés rencontrées par les
artisans, liées à l'insuffisance des mesures d'incitation et
d'encouragement de la part de l'Etat.
C'est à la fin du printemps et au début de l'été que les
femmes berbères s'occupent de la poterie (cette periode
permet la recherche et l'extraction de l'argile, le modelage
et le séchage). Autrefois, les femmes ne fabriquaient de la
nouvelle poterie que pour remplacer les objets usagés ou
cassés, et seul le surplus était vendu ou échangé.
Cependant, certaines femmes vivant dans le besoin, (veuves
et femmes seules etc.), les fabriquaient, les vendaient ou
les échangeaient contre des denrées alimentaires ou autres
objets domestiques.
Des récipients, déstinés à la cuisson, aux services de
table, passant par les cruches et jarres pour les
conservations d'aliments et liquides, des grosses jarres
appelées "ikufan" (singulier "akufi" en
kabyle) servant au stockage des grains aux lampes
traditionnelles ornées de beaux motifs, la poterie berbère
est fort riche et est destinée à des fonctions et usages
très variés.
Avant que l'acier inoxydable, l'aluminium et le plastique
ne fassent leur apparition, tout était fabriqué en argile.
Il était impossible de trouver un foyer qui ne disposait pas
de marmite et de couscoussier, deux objets inséparables qui
servaient à préparer l'aliment le plus important chez les
Berbères. Le plat berbère (appelé tabaqit en
kabyle), utilisé pour les repas, est bien plus grand qu'un
plat ordinaire et c'est autour de lui que les membres de la
famille se réunissent pour manger, renforçant ainsi les
liens entre eux.
La terrine, sorte de gros plat qui servait à rouler le
couscous et à pétrir la pâte à pain, était également un
objet très important dans le foyer berbère. Les berbères
utilisaient des cruches de formes diverses afin de puiser et
de transporter de l'eau et des liquides.
Les grosses jarres pansues, à pied large que l'on retrouve
dans certaines maisons, servaient également à la
conservation de l'eau puisée dans les sources, de grains et
de l'huile extraite de la récolte des olives. Fabriquées en
argile, ces jarres permettaient un conditionnement parfait
des aliments, les maintenant au frais durant les mois chauds
de l'été, et au chaud, durant les rudes froids de l'hiver.
De plus, les aliments conservés ou préparés dans ces objets
d'argile étaient réputés pour avoir des goûts uniques, et
aujourd'hui encore, voir du couscous servi dans un plat
kabyle traditionnel ouvrirait l'appétit à n'importe qui.
Les "ikufan" de Kabylie, quant à eux, étaient de
véritables magasins de denrées que presque chaque famille
possédait. Ils pouvaient contenir des quantités importantes
de grains, qui leur conféraient le rôle de réserve
familiale, voire de village.
Ce gros récipient ("akufi") était conçu avec un ornement
très ancien et donnait à la maison une authenticité
remarquable tant l'ambiance qu'il dégageait emplissait la
demeure et lui conférait une sensation de sérénité. Il est
regrettable de remarquer que l'akufi qui incarne, à
lui tout seul, la tradition des Berbères ait disparu des
demeures, envahies par une architecture moderne qui
s'inscrit en rupture totale avec les traditions et la
culture.
A l'origine, la poterie destinée à l'usage quotidien était
décorée sommairement. Avec la multiplication et le
développement des usages, elle est devenue progressivement
un élément d'identification et de communication. La
transcription des motifs berbères qui ornent les poteries et
les tapis a commencé à connaître un développement important
lors des grandes invasions étrangères qui ont amené avec
elles des modes de vie différents. De nos jours, notamment
depuis un demi-siècle, la recherche du décryptage des
symboles berbères est devenue une préoccupation importante
chez les chercheurs universitaires algériens et suscite un
intérêt de plus en plus grand.
Parallèlement à cela, les artisans en poterie ont fait
d'énormes progrès dans la réalisation et le développement
des styles traditionnels qu'ils ont, à la fois, préservés et
modernisés,
en adoptant une approche positive par rapport au caractère
identitaire qu'ils véhiculent. Les efforts consentis, ces
deux dernières décennies par l'Etat, ont permis d'encourager
des actions allant dans le sens de la réhabilitation de la
culture nationale.
Ainsi,
la poterie a connu dans son mode de fabrication une
évolution très sensible. La mécanisation du mode de
fabrication a permis d'obtenir des articles d'une grande
beauté tout en gardant le caractère originel de leurs
lignes. Ainsi, le modelage a du laisser la place au moulage
qui permet d'obtenir des quantités importantes en peu de
temps. Il en est ainsi également du séchage et de la cuisson
qui sont devenus industriels et par conséquent rapides et
sans risque pour les produits.
La décoration, de son côté, a vu l'utilisation de moyens
plus appropriés qui permettent, à la fois, d'améliorer le
confort du potier et sa productivité, renforçant ainsi une
évolution vers des systèmes de production mécanisées qui
permettent de rentabiliser l'activité.
Cette nouvelle approche a permis de développer une
dynamique commerciale moderne qui franchit les limites des
frontières traditionnelles.